Amortissement : définition, méthodes et calcul en comptabilité

Un ordinateur acheté 2 000 € ne vaut plus rien au bout de cinq ans. Pourtant, en comptabilité, on ne constate pas cette perte en une seule fois. L’amortissement sert précisément à étaler la dépréciation d’un actif sur sa durée de vie utile, année après année. C’est une règle, pas une option.

Pour les entreprises, maîtriser cette notion change la lecture du bilan, réduit l’impôt à payer et évite des erreurs de gestion qui coûtent cher. Voici comment ça fonctionne, de la définition aux calculs concrets.

Qu’est-ce que l’amortissement en comptabilité ?

La définition exacte

L’amortissement comptable correspond à la constatation comptable et irréversible de la dépréciation d’un actif immobilisé. En clair : quand une entreprise achète un bien durable — une machine, un véhicule, un logiciel — elle ne peut pas déduire son coût en une seule fois. Elle le répartit sur la durée d’utilisation estimée du bien.

Le Plan Comptable Général français définit l’amortissement comme la répartition systématique du montant amortissable d’un actif sur sa durée d’utilisation. Deux mots-clés : systématique (on suit un plan) et durée d’utilisation (pas la durée de vie physique théorique, mais la durée réelle d’usage dans l’entreprise).

✅ À retenir

L’amortissement ne concerne que les immobilisations : biens dont la durée de vie dépasse un exercice comptable et dont la valeur est significative. Un stylo ne s’amortit pas. Une fraiseuse à 15 000 €, oui.

Pourquoi amortir un bien ?

Trois raisons concrètes justifient l’amortissement :

  • Image fidèle des comptes : le bilan doit refléter la valeur réelle des actifs. Un camion acheté en 2018 ne vaut pas autant qu’en 2024.
  • Étalement de la charge : déduire 30 000 € d’un coup la première année fausserait le résultat. L’étalement lisse l’impact.
  • Avantage fiscal : les dotations aux amortissements réduisent le bénéfice imposable, donc l’impôt sur les sociétés.

C’est d’ailleurs pour cette troisième raison que l’administration fiscale fixe elle-même des durées d’amortissement admises. On parle alors d’amortissement fiscal, qui peut différer de l’amortissement comptable dans certains cas.

Les composantes du calcul d’amortissement

La base amortissable

La base amortissable, c’est le montant sur lequel on applique le taux d’amortissement. Elle se calcule ainsi :

Base amortissable = Valeur d’origine − Valeur résiduelle

La valeur d’origine correspond au coût d’acquisition du bien (prix d’achat + frais accessoires). La valeur résiduelle est le prix auquel on prévoit de revendre le bien en fin de vie. Dans la plupart des cas, cette valeur résiduelle est nulle — ce qui simplifie : la base amortissable égale la valeur d’origine.

5 ans

durée d’amortissement typique pour le matériel informatique selon l’administration fiscale française

La durée et le taux d’amortissement

La durée d’utilisation s’exprime en années. À partir d’elle, on calcule le taux d’amortissement linéaire :

Taux = 100 / durée

Exemples courants reconnus par l’administration :

  • Matériel informatique : 3 à 5 ans (taux entre 20 % et 33 %)
  • Véhicules de tourisme : 5 ans (20 %)
  • Mobilier de bureau : 10 ans (10 %)
  • Constructions : 20 à 50 ans (2 % à 5 %)

Ces durées ne sont pas des obligations légales rigides, mais des usages fiscalement acceptés. L’entreprise peut s’en écarter si elle justifie une durée d’utilisation différente.

Méthode linéaire vs méthode dégressive

Deux méthodes dominent la pratique comptable française. Elles ne donnent pas les mêmes résultats, surtout en début de vie du bien.

📐 Linéaire 📉 Dégressif
Dotation constante chaque année. Calcul simple : base × taux fixe. Valeur nette diminue régulièrement. Dotation plus forte les premières années. Calcul sur la valeur nette comptable restante. Avantage fiscal accéléré.

L’amortissement linéaire en pratique

Prenons un exemple concret : une machine achetée 12 000 €, durée de vie estimée à 4 ans, valeur résiduelle nulle.

  • Taux linéaire : 100 / 4 = 25 %
  • Dotation annuelle : 12 000 × 25 % = 3 000 € chaque année
  • Après 4 ans, valeur nette comptable = 0 €

Simple, prévisible, adapté aux biens qui se déprécient uniformément.

L’amortissement dégressif : quand l’utiliser ?

Le mode dégressif s’applique uniquement aux biens neufs dont la durée d’amortissement dépasse 3 ans. On multiplie le taux linéaire par un coefficient fiscal :

  • 1,25 pour les biens amortis sur 3 ou 4 ans
  • 1,75 pour 5 ou 6 ans
  • 2,25 pour plus de 6 ans

Reprenons notre machine à 12 000 € sur 4 ans. Taux dégressif : 25 % × 1,25 = 31,25 %. La première année, on amortit 12 000 × 31,25 % = 3 750 €. La seconde année, on applique ce taux sur la valeur résiduelle (8 250 €), soit 2 578 €. Et ainsi de suite — avec un basculement en linéaire dès que le linéaire devient plus favorable.

💡 Notre conseil

Le mode dégressif avantage la trésorerie en début de vie du bien (moins d’impôt les premières années). Utile pour les investissements lourds. Mais il complique le suivi comptable : un bon Logiciel de gestion automatise ces calculs et évite les erreurs de tableau d’amortissement.

La comptabilisation des amortissements

Les écritures comptables

Chaque fin d’exercice, l’entreprise enregistre une dotation aux amortissements. Cette écriture impacte deux comptes :

  • Compte 68 (Dotations aux amortissements) — au débit, en charge
  • Compte 28 (Amortissements des immobilisations) — au crédit, en déduction de l’actif

Résultat : la valeur nette comptable du bien (valeur d’origine moins amortissements cumulés) diminue au bilan. Le compte de résultat enregistre une charge qui réduit le bénéfice — et donc l’impôt.

Ces mécanismes interagissent avec d’autres outils de pilotage de l’entreprise. Par exemple, dans un SIRH : définition, fonctions et avantages du système d’information RH pour l’entreprise, les données liées aux équipements attribués aux salariés s’articulent souvent avec les plans d’amortissement pour suivre l’obsolescence du parc matériel.

⚠️ À garder en tête

L’amortissement comptable et l’amortissement fiscal peuvent diverger. Si l’entreprise retient une durée comptable différente de celle admise fiscalement, elle devra effectuer des réintégrations extracomptables dans sa liasse fiscale. À ne pas négliger pour éviter un redressement.

Amortissement exceptionnel et cas particuliers

Au-delà des deux méthodes classiques, le droit fiscal prévoit des dispositifs spécifiques.

L’amortissement exceptionnel permet, sous conditions, d’amortir certains biens à 100 % dès la première année. C’est un avantage accordé pour encourager certains investissements : matériels de recherche, équipements de protection, véhicules électriques dans certains cas. Le montant total amorti reste identique — c’est uniquement la vitesse qui change.

Les composants constituent un autre cas particulier. Un immeuble ne s’amortit pas en une seule durée : la toiture (15 ans), l’ascenseur (20 ans), le gros œuvre (40 ans) suivent des plans distincts. Cette approche par composants, obligatoire depuis 2005 en France, reflète mieux la réalité économique.

1
Identifier le bien immobilisé
Vérifier qu’il dépasse le seuil de 500 € HT et que sa durée de vie excède un exercice.
2
Fixer la durée et la méthode
Choisir entre linéaire et dégressif selon la nature du bien et l’intérêt fiscal de l’entreprise.
3
Établir et suivre le tableau d’amortissement
Documenter chaque dotation annuelle, la valeur nette comptable et la date de fin prévue.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre amortissement et provision ?

L’amortissement constate une dépréciation certaine et progressive d’un actif immobilisé sur sa durée d’utilisation. La provision, elle, couvre un risque ou une charge probable mais incertaine (litige en cours, garantie client). L’amortissement est irréversible ; la provision peut être reprise si le risque disparaît. Les deux réduisent le résultat imposable, mais leurs règles de calcul et de comptabilisation sont distinctes.

Peut-on amortir un bien d’occasion ?

Oui, un bien d’occasion s’amortit comme un bien neuf, à partir de son coût d’acquisition réel. La durée d’amortissement retenue doit correspondre à la durée d’utilisation restante estimée dans l’entreprise. En revanche, le mode dégressif est réservé aux biens neufs : un bien d’occasion ne peut bénéficier de ce régime fiscal accéléré.

Que se passe-t-il si un bien est cédé avant la fin de son amortissement ?

Lors de la cession d’un bien non totalement amorti, l’entreprise calcule une dotation complémentaire proratisée pour l’exercice en cours, puis solde le compte d’amortissement. La différence entre le prix de cession et la valeur nette comptable génère une plus-value ou une moins-value de cession, imposée selon des règles spécifiques (court ou long terme selon la durée de détention).

Un logiciel acheté doit-il être amorti ?

Oui, un logiciel acquis séparément est une immobilisation incorporelle amortissable. La durée fiscalement admise est généralement de 3 ans (taux de 33,33 %). Les logiciels développés en interne suivent des règles différentes selon qu’ils sont en phase de recherche (charge immédiate) ou de développement (activation possible). Les abonnements SaaS, eux, ne s’amortissent pas : ce sont des charges annuelles.

L’amortissement s’applique-t-il aux terrains ?

Non. Les terrains ne s’amortissent pas car leur valeur ne se déprécie pas de façon certaine et irréversible — principe de base de l’amortissement. Seules les constructions érigées sur ces terrains sont amortissables. C’est pourquoi, lors de l’achat d’un immeuble, le comptable doit systématiquement dissocier la valeur du terrain (non amortissable) de celle de la construction (amortissable).